Maxime Le Forestier
Le pornographe

Autrefois, quand j'étais marmot,

J'avais la phobie des gros mots,

Et si je pensais "merde" tout bas,

Je ne le disais pas...

Mais

Aujourd'hui que mon gagne-pain

C'est de parler comme un turlupin,

Je ne pense plus "merde", pardi!

Mais je le dis.

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Afin d'amuser la galerie

Je crache des gauloiseries,

Des pleines bouches de mots crus

Tout à fait incongrus...

Mais

En me retrouvant seul sous mon toit,

Dans ma psyché je me montre au doigt.

Et me crie: "Va te faire, homme incorrecte,

Voir par les Grecs."

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Tous les samedis je vais à confesse

M'accuser d'avoir parlé de fesses

Et je promets ferme au marabout

De les mettre tabou...

Mais

Craignant, si je n'en parle plus,

De finir à l'Armée du Salut,

Je remets bientôt sur le tapis

Les fesses impies.

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Ma femme est, soit dit en passant,

D'un naturel concupiscent

Qui l'incite à se coucher nue

Sous le premier venu...

Mais

M'est-il permis, soyons sincère,

D'en parler au café-concert

Sans dire qu'elle a, suraigu,

Le feu au cul?

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

J'aurais sans doute du bonheur,

Et peut-être la Croix d'honneur,

A chanter avec décorum

L'amour qui mène à Rome...

Mais

Mon ange m'a dit: "Turlututu!

Chanter l'amour t'est défendu

S'il n'éclôt pas sur le destin

D'une putain."

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Et quand j'entonne, guilleret,

A un patron de cabaret

Une adorable bucolique,

Il est mélancolique...

Et

Me dit, la voix noyée de pleurs:

"S'il vous plaît de chanter les fleurs,

Qu'elles poussent au moins rue Blondel

Dans un bordel."

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Chaque soir avant le dîner,

A mon balcon mettant le nez,

Je contemple les bonnes gens

Dans le soleil couchant...

Mais

Ne me demandez pas de chanter ça, si

Vous redoutez d'entendre ici

Que j'aime à voir, de mon balcon,

Passer les cons.

Je suis le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Les bonnes âmes d'ici bas

Comptent ferme qu'à mon trépas

Satan va venir embrocher

Ce mort mal embouché...

Mais,

Mais veuille le grand manitou,

Pour qui le mot n'est rien du tout,

Admettre en sa Jérusalem,

A l'heure blême,

Le pornographe

Du phonographe,

Le polisson

De la chanson.

Copyrights

Author: ?
Composer: ?
Publisher: Polydor (France)

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Published in: 1998
Language: French

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